Risques pour la santé humaine
Tous les pesticides et les biocides sont nocifs pour les utilisateurs et notamment les enfants.
Les risques liés à l’utilisation des biocides à la maison sont très importants et trop souvent ignorés des particuliers (parfois même des naturalistes !). Ces produits sont malheureusement très répandus dans les foyers : les aérosols contiennent des molécules toxiques inhalées par tous les occupants, notamment par les enfants dont l’organisme en construction est plus fragile que celui des adultes. D’autre part, face à une même substance, les organismes adultes réagissent de façon variable.
A savoir : Une étude de l’INSERM (janvier 2006) montre que les enfants fréquemment exposés à des insecticides ménagers utilisés sur les plantes, les parterres ou dans les shampoings anti-poux courent un risque de développer une leucémie infantile deux fois plus important que les autres. L’exposition à des insecticides et des fongicides conduit à un risque encore supérieur.
En matière d’intoxication, il est nécessaire de distinguer la toxicité aiguë de la toxicité chronique. (Le niveau de toxicité des produits est en principe indiqué sur l’étiquette, par des symboles en noir sur fond orange auxquels sont associées des phrases de risques (ex. R40, R51/53, S24)). De telles phrases précisent les risques d’intoxication aiguë (directe) ou chronique.
Toxicité aiguë
Elle est révélée par des symptômes immédiats après l’exposition (irritations cutanées, vomissements, céphalées, phénomènes de sensibilisation) ; elle touche essentiellement les professionnels mais concerne aussi les cas d’intoxication accidentelle chez les particuliers. La voie privilégiée des pesticides est la peau et notamment les mains ; les yeux sont aussi très sensibles. Tous les utilisateurs (notamment les jardiniers) doivent porter au minimum des gants et des lunettes de protection.
Les nouvelles molécules sont toxiques à faible dose et peu persistantes (dithiocarbamates, organophosphorés), et leur exposition même brève peut avoir des impacts très lourds sur des personnes affaiblies et des enfants.
Toxicité chronique
Elle est plus insidieuse car elle se manifeste par l’apparition de symptômes différée dans le temps (plusieurs années parfois). On retrouve des résidus de pesticides dans le lait maternel et les tissus des bébés et des adultes en Europe et en Amérique du nord (organosphosphorés, pyrétrinoïdes)…
Même une très faible quantité de produit peut provoquer des dommages important à long terme. Les pesticides entraînent des perturbations hormonales : thyroïde, glandes surrénales, glandes du système reproducteur. A titre d’exemple, les thiocarbamates, organophosphorés, ou les substances tels l’atrazine, le carbaryl, ou le glyphosate provoquent parfois des fausses couches, des malformations chez les nouveaux-nés (féminisation des bébés mâles) et des retards de croissance. On parle généralement de « perturbateurs endocriniens ».
A savoir : Les pesticides ne sont pas les seuls produits de synthèse à engendrer de tels problèmes, mais les études épidémiologiques prouvent désormais leur implication dans de nombreuses maladies.
Les utilisateurs de pesticides et leurs enfants sont plus souvent atteints par des cancers (estomac, prostate, vessie, cerveau, lèvres, LNH, leucémies) que la population générale. Des effets neurotoxiques sont aussi démontrés.
A savoir : Les effets cancérigènes, mutagènes, et reprotoxiques des pesticides posent un problème de santé publique d’autant plus difficile à évaluer qu’il ne se voit pas, et que les organismes réagissent très différemment face aux expositions. Par ailleurs, les effets « cocktail » liés au mélange des substances ne sont pas évalués sur les organismes, ni les effets cumulatifs avec les autres cancérogènes (pollution de l’air, etc…).
L’alimentation : La présence de résidus de pesticides dans les produits végétaux (légumes, fruits, céréales) est régulièrement confirmée par les mesures officielles (les DDCCRF) : en moyenne, entre 5 et 7 % des échantillons analysés dépassent les limites maximales autorisées (pour une à plusieurs substances). Ce pourcentage est presque identique pour les analyses annuelles faite par l’Union européenne sur près de 50 000 échantillons.
A savoir : Des études épidémiologiques sont régulièrement publiées par divers organismes : OMS, Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC), Association française pour le Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse (ARTAC), revues scientifiques (Environmental Health Perspectives, La Recherche).
Risques pour le milieu naturel, la faune et la flore
On retrouve des pesticides dans tous les milieux naturels de la planète. Des perturbations profondes affectent encore les sols, l’eau, les chaînes alimentaires. La persistance des polluants organiques persistants dans les chaînes alimentaires et les conséquences imprévisibles des nouvelles molécules montrent le degré alarmant de contamination de l’environnement par ces produits.
Dans l’air : on retrouve parfois jusqu’à 40 molécules en zone urbaine, parmi elles le lindane, organochloré interdit en France depuis 1998 ! Les mesures révèlent des valeurs assez faibles (de l’ordre du milliardième de gramme) mais l’exposition est permanente.
L’eau : le réseau de suivi des pesticides du bassin Rhône Méditerranée Corse indique, pour la seule période 2002/2003, la présence de 116 substances actives dans les eaux superficielles et de 40 dans les eaux souterraines. D’autre part, la surveillance des points de prélèvements sur le territoire national (données IFEN) mettent en évidence une contamination quasi généralisée de l’eau par les pesticides.
Les intoxications de la faune sauvage sont régulièrement répertoriées et analysées par le CNITV de Lyon (laboratoire de pharmacovigilance), en partenariat avec l’ONCFS. Un travail de synthèse sur les effets non intentionnels des produits phytosanitaires sur les insectes auxiliaires a aussi été mené par l’ACTA, en collaboration avec l’UIPP et les SRPV.
Les OGM
L’utilisation des pesticides est étroitement liée aux OGM, car la plupart des plantes génétiquement modifiées (PGM) contiennent un ou plusieurs gènes tolérants aux herbicides (ex. maïs ou soja « Roundup Ready résistants au glyphosate). Les agriculteurs qui cultivent ces PGM épandent davantage de produit, contribuant à l’apparition de phénomènes de résistances chez les plantes indésirables associées aux cultures.
D’autres PGM synthétisent des insecticides : ils ne sont pas épandus mais sont présents de plus en plus longtemps et en quantité croissante dans les champs, notamment dans les sols (qui contiennent une faune et une flore à l’importance sous-évaluées). Aucune traçabilité alimentaire n’est prévu pour l’homme au regard de la consommation de PGM par les herbivores.
Les Abeilles
Les traitements de semences sont mis en cause dans la mortalité des abeilles, suite aux effets non intentionnels mais avérés des insecticides Gaucho et Régent. Les substances actives de ces produits (l’imidaclopride et le fipronil) sont toujours autorisées en dépit de l’opposition farouche de nombreux apiculteurs. L’empoisonnement des abeilles constitue un dossier particulièrement difficile et révélateur des dangers liés à l’usage des pesticides.
LES ALTERNATIVES
Dans l’agriculture : En Isère, des agriculteurs infléchissent leur consommation de pesticides en évoluant vers des pratiques plus durables, via le Réseau Agriculture Durable départemental (RAD). Certaines utilisent les méthodes de la lutte intégrée (lutte biologique), notamment en céréaliculture et en arboriculture. L’agriculture biologique (AB) est à ce jour la seule garantie de pratiques excluant tout engrais ou pesticide d’origine de synthèse. L’abandon des pesticides est compensé par des sols mieux nourris, l’emploi de variétés végétales et animales adaptées au sol ou au climat, et des méthodes de cultures et d’élevage favorisant la prévention.
En 2005, une action de vulgarisation des méthodes de désherbage alternatif (mécanique) est mis en place sur trois zones de captage où la qualité de l’eau est dégradée (partenariat ADABIO/Chambre d’agriculture).
En ville, dans les espaces verts : De nouvelles pratiques utilisent la lutte biologique ou le paillage. En Isère, les villes de Meylan et Grenoble diminuent le recours aux produits dans les parcs et les alignements d’arbres. Les alternatives les plus avancées s’inspirent du « code vert » et tolèrent la présence de la flore spontanée.
A la maison :
Au jardin : Les méthodes biologiques donnent d’excellents résultats (compostage, paillage, plantes mellifères) et renforcent les populations d’insectes auxiliaires. Le centre Terre Vivante, à Mens, propose des outils adaptés pour tous les contextes. Vérifiez vos étagères et abandonnez les pesticides !
L’alimentation : Acheter bio est une bonne solution. Mais il faut choisir en priorité les produits locaux (bio si possible !). Pour les produits frais, fournissez-vous auprès des marchés de producteurs, des points de vente collectifs, ou par le biais d’une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Une AMAP est constituée par un groupe de consommateur qui achète à l’avance une part de la production d’un ou plusieurs producteurs, qui fournissent en échange un panier de produits frais (légumes, fruits, œufs, viandes, laitages) livré dans un endroit et à un prix défini par le groupe.
Sources :
Les sites internet incontournables
Les organismes à contacter en cas de problème :
Les revues L’Ecologiste, La Recherche, Inf’OGM
Les livres Veillerettte F. 2002, Pesticides, le piège se referme, terre vivante,. Déoux P. et S., 2002, Le guide l’habitat sain, medieco. Langre M. et Rabache M., 2004, Toxiques alimentaires, Librio inédit. ACTA /UIPP, 2002, Recueil des effets non intentionnels des produits phytosanitaires, acta.
Les films Pesticides…non merci ! Réalisé par Michel Crozas sur une idée de Marc Peyronnard, produit par l’association pour le développement de l’agriculture biologique (ADABIO) et le Conseil général de l’Isère, 2005.